Immensités intimes
Jardins secrets
2023 - Présent
Le jardin est l'un des motifs les plus chargés de l'histoire de l'art — de la peinture flamande aux Nymphéas, du jardin d'Éden aux hortus conclusus médiévaux. Pour moi, le jardin n'est sujet mais structure psychique. Ce que cette série donne à voir n'est pas la nature ordonnée ou contemplative, mais une végétation qui déborde, qui s'ensauvage, qui résiste — le jardin comme métaphore d'un état intérieur que l'on ne choisit pas toujours.
Dans Jardins secrets, l'écriture poétique se déploie. Chaque toile est accompagnée d'un poème — non pas en commentaire, mais en contrepoint. Les textes ne décrivent pas les œuvres ; ils les prolongent parfois les excèdent. Peinture et poésie s'emboîtent et dialoguent. Cette double pratique n'est pas un ornement : elle est une pensée qui cherche dans leur friction quelque chose qu'aucune des deux ne pourrait dire séparément.
En vert et contre tout pose d'emblée le ton. Le vert n'y est pas la couleur de la sérénité pastorale — c'est celle du combat de la vie. La sève coule contre le gris, le printemps revient envers et contre tout. La palette est dense, chargée, presque acide dans sa vitalité. Le poème éponyme confirme cette lecture : il y est question de tulipes hachées comme des cœurs froissés, de bourrasques qui décoiffent la vie rangée. La beauté n'est pas donnée — elle s'arrache.
Avec les deux versions de Dans le jardin de Claude, la série bascule vers une tonalité plus grave. Le jardin devient ici espace d'absence. Une absence qui transforme le lieu : les buissons s'ensauvagent, les feuilles pleurent comme des veuves. L'existence de deux toiles portant le même titre — l'une sur lin, l'autre sur panneau de bois, deux années successives — dit quelque chose d'éloquent sur la durée de cette absence qui ne se résout pas en un seul tableau.
L'envol du printemps déplace encore le regard. Le printemps y est convoqué comme présence aimée et insaisissable — je voudrais que tu restes, éphémère printemps, tu t'envoles sans remords. La toile est tension entre l'élan et la disparition : la matière picturale en mouvement refuse toute fixité. Les herbes hautes et souples comme des vagues établissent un pont discret avec la série L'Eau et les Rêves — le même imaginaire du passage, de ce qui échappe à la prise.
Jardins secrets est un espace de résistance - au deuil, à l'éphémère, au gris des jours sombres. Les jardins sont secrets non parce qu'ils dissimulent, mais parce qu'ils dessinent ce qui, en nous, ne se montre pas toujours.
S’il te plaît, reviens
Fais exploser les verts,
Fais exploser les graines,
Fais exploser les fleurs,
Sème ta brise dans les herbes.
Terrasse le gris des jours sombres.
En vert et contre tout, 2024, huile sur toile de lin tendue sur châssis, 97 x 146 cm, Collection particulière
En vert et contre tout,
La sève coule, le vent sème.
Repeins le gris,
Jette le rose délicat,
Sur les joues des massifs,
Hache les tulipes,
Comme des cœurs froissés,
La bourrasque décoiffe,
La vie rangée dans les cocons.
En vert et contre tout,
Les printemps revivent,
Comme le rire dans tes yeux
Comme le sang sous ta peau,
Comme l’air dans tes manches,
Comme l’amour gelé et dégelé.
Alors délicatement,
Je te coucherais sur les roseaux,
Pour te célébrer et t’aimer,
Envers et contre tout.
2024
Huile sur toile de lin tendue sur châssis
93 x 72 cm
VENDU - Collection privée
L’Envol du printemps
Tu tourbillonnes autour de moi,
Avec tes souffles frais,
Brise délicate sous mes jupes,
Caresse sur les jambes nues,
Joie des pieds sans carcan.
Tu tourbillonnes autour de moi,
Sans que je puisse t’attraper,
Car je voudrais que tu restes,
Éternel printemps,
Où la douceur poisse la langue,
Où la lumière fine coud les feuilles d’or.
Nager dans tes verts tendres,
En fermant les yeux,
Les herbes sont hautes,
Jeunes et souples
Comme des vagues.
Sentir la sève piquer le nez,
Les parfums capiteux,
Des fleurs en crinoline.
Tu tourbillonnes autour de moi,
Je voudrais que tu restes,
Éphémère printemps,
Tu t’envoles sans remords.
2024
Huile sur panneau de bois
70 x 100 cm
Encadrement d'art en noyer massif européen
Cette œuvre a été vendue dans le cadre du projet Le Cercle de l'Art (Saison 3)
Dans le jardin de Claude,
Je reviens sur mes pas,
Depuis qu’il est parti,
Sur la pointe des pieds,
Les buissons s’ensauvagent
De fleurs impudiques,
D’épines et de buissons,
À l’explosante ardeur.
Dans le jardin de Claude,
Les feuilles pleurent,
Comme des veuves sans verve.
2023
Huile sur toile de lin
81 x 130 cm
VENDU - Collection privée
Cette œuvre a été vendue dans le cadre du projet Le Cercle de l'Art (Saison 2)
2023
Huile sur toile de lin, 54 x 81 cm
DISPONIBLE SUR DEMANDE - AVAILABLE ON REQUEST
La totalité de la vente de cette œuvre sera au bénéfice du projet Reconstruction Maroc
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Fleurs de ruine
Les jus dessinent les fleurs
Mystérieuses floraisons
D’un hasard ludique
Efflorescences liquides,
Comme des cavernes,
Lumineuses et sombres.
L’arche des tiges et des feuilles
Se déploie au-dessus.
Piquée comme une orange
La fleur se défroisse
Farouche et provocante.