Cette série naît d'une mémoire. Celle de l'île du Pacifique où j'ai grandi. L'eau n'était pas un paysage parmi d'autres mais une limite du monde, en même temps que son infini. Le bleu m'a toujours habitée. Je suis bleue. Ouvrez-moi et vous trouverez de grandes étendues. Peintre aujourd'hui, j'explore tous les bleus, je les collectionne, je les mélange. L'insularité est à l'origine de ma poésie et Gaston Bachelard a mis ses mots sur cette poétique des éléments Je ne peins pas l'eau. Je peins son mouvement intérieur, zone trouble où la perception cède la place à la rêverie, où la matière devient langage. Bachelard dit que nous rêvons l'eau avant de la voir. Pour moi, c'est littéralement vrai : voilà plus de trente ans que je ne vis plus entourée d'eau, loin de la mer. Il y a des océans pourtant dans ma tête et dans mes rêves.
Dans Chevaux échappés, ce n'est pas la mer que l'on voit — c'est l'élan. La cavalcade s'est imposée avant le titre, avant le sens, dans les premières touches. Champs d'écume et d'eau, La cascade, La rivière — chaque toile explore un état de l'eau, et donc un état de soi. L'écume, légère et éphémère, à mi-chemin entre deux éléments. La cascade qui s'effondre et renaît dans le même souffle. La rivière qui parle d'amour chez Christian Bobin parce qu'elle parle d'abord de passage, de ce qu'on ne peut retenir.
Eau et feu dit peut-être mieux que les autres ce qui m'obsède : les éléments ne sont jamais seuls. Ils s'affrontent, se contaminent, se répondent. Je ne peins pas une eau pure. Je peins une eau habitée — par la terre, par l'air, par le feu, par tout ce qui résiste à la dissolution.
Cette série est une traversée. Pas vers un ailleurs, mais vers ce fond de soi où les images précèdent les mots, où l'enfance et le présent se rejoignent dans les bleus, comme autant de replis cachés et lentement dépliés. L'eau fuit partout, s'infiltre et coule.
Chevaux échappés est une toile de grand format dont le titre est inspiré du deuxième tome de la tétralogie La Mer de la fertilité de l'écrivain japonais Yukio Mishima. Aux prémices de la composition, c'est un mouvement de cavalcade s'y dessinant qui inspira à l'oeuvre son titre ainsi que le sentiment de proximité avec l'écriture de Mishima : impressionniste, sensible, frémissante, à fleur de peau - comme ses jeunes héros exaltés au point de commettre l'irrémédiable. L'oeuvre - comme dans la plupart de mes travaux - convoque les éléments : ciel, terre, air, eau se mélangent. L'oeuvre est un hommage à Monet intégrant volontairement dans sa palette les couleurs des Nymphéas : bleu outremer, vert viridian, violet de cobalt.
Runaway Horses is a large painting named after Volume II of Japanese writer Yukio Mishima's Tetralogy : Sea of Fertility ; from the early stages, where a sense of a cavalcade as well as of a closeness to Mishima's writing: impressionist, sensitive, quivering, on edge - as his young heroes impassioned to death. The elements are to be found, blending and confused: Sky, Air, Sea, Earth. Also a tribute to Monet, the work integrates on purpose colors from The Nympheas' palette: ultramarine blue, Viridian Green and Cobalt Violet.
Chevaux échappés
Une chanson écrite et composée par Étienne Galmiche, auteur-compositeur-interprête et collectionneur du tableau
(Refrain)
Les chevaux échappés
Tâchent leurs plus belles robes
Plus par nécessité
Quand leurs cœurs doux se dérobent
Tu as tant couru aujourd’hui
Inconscient du chemin, vas vite
Fonce tête baissée, vois la terre
Vas, cours, vis, déplace la poussière
Le cœur bat fort, tambourine
Puissance, grondements, tu vibres
Dans le goût du sang, la moiteur
Mors ta fatigue, ébroue ta sueur
(Refrain)
Les chevaux échappés
Tachent leurs plus belles robes
Plus par nécessité
Quand leurs cœurs doux se dérobent
Tant cavalé à cœur perdu
Plus un seul frère tu n’as revu
Franchissant forêts et rivières
Malgré les griffures, tu restes fier
Je connais bien ton histoire
J’en frémissais en l’écoutant le soir
Tout enfant garde en souvenir
Que le cheval ne peut pas mourir.
À l’heure du dernier élan
Suivant ta trace m’en allant
J’embrasse à mon tour les grandes plaines
Fils du grand voyage, fils du rêve
J’ai souvent terminé seul
J’ai beaucoup pleuré ma colère
Mes genoux ont cogné la terre
Va, cours, vis, dépasse la poussière
C’est là que je t’ai vue, immensité bleue
Le regard perdu dans tes rondeurs
Abreuvé de ta présence
Nous nous sommes ensevelis dans l’expérience de la totalité.
Étienne Galmiche
L'amour c'est quand quelqu'un se met à vous parler comme une rivière, comme une étoile ou comme la fleur de chèvrefeuille...
Love is when someone starts talking to you like a River, like a Star, or like a Honeysuckle Flower.
Christian Bobin, L'homme-joie