Immensités intime
Feu sacré
2019 - Présent
Le feu n'appartient à personne. Il consume, il révèle, il engendre. Depuis les mythes fondateurs, Prométhée dérobant la flamme aux dieux, les premiers hommes rassemblés autour du foyer, le feu est la métaphore la plus ancienne de la vie intérieure : ce qui brûle en nous et qui, précisément parce qu'il brûle, nous rend vivants.
Mai Khanh Pham To a grandi en Nouvelle-Calédonie, dans une nature souveraine et excessive : lagon aveuglant, lumière coupante, végétation dense. C'est là, avant tout langage, avant toute théorie, que s'est formé son regard : dans le contact direct avec les éléments, avec cette beauté qui ne demande pas la permission. À cela s'ajoute une autre strate, plus souterraine : ses origines vietnamiennes, héritage enfoui plutôt que transmis, mémoire qui précède la conscience. Un feu couvant sous la cendre.
Dans la cosmologie taoïste et bouddhiste héritée du Vietnam, le feu est l'un des cinq éléments fondamentaux : il correspond au cœur, à la conscience, à la transformation, ce qui permet à la matière de changer de forme sans disparaître. Reconstituer cet héritage, c'est précisément ce que fait la peinture : non pas illustrer une culture, mais en retrouver le souffle, la vibration, la chaleur primitive. Bachelard, dans sa Psychanalyse du feu, montrait que le feu est la première matière de la rêverie humaine. Ici, il est aussi la première matière d'une identité plurielle : insulaire et continentale, occidentale et orientale, incarnée dans une nature sauvage et portant en elle une mémoire à demi effacée.
Cette pluralité créé une tension si particulière. L'archipel du premier tableau n'est pas seulement une géographie. C'est la carte intime d'une identité faite de fragments épars, que l'on explore toute une vie sans jamais prétendre en faire le tour. Les paysages ne sont jamais des états figés mais des passages, des souffles, des énergies en métamorphose. La montagne, verticale et souveraine, est celle de l'enfance calédonienne autant que celle du sublime universel. Le bleu et le feu, la glace et la lave, l'opaque et le limpide coexistent — comme dans le yin et le yang, où chaque pôle porte en lui le germe de l'autre.
L''artiste cherche à saisir ce moment suspendu où l'énergie du monde et l'émotion humaine ne font plus qu'un. Ce feu sacré n'est ni célébration ni deuil. Il est quelque chose de plus ambigu : la reconnaissance de ce qu'on ne peut pas entièrement nommer. Non l'embrasement spectaculaire, mais la braise. Ce qui dure. Ce qui, sous la cendre, continue de battre, et qui, dans chaque toile, attend d'être reconnu.
L'Archipel, Huile sur toile de lin, 54 x 81 cm, 2023
VENDU - Collection privée
The Archipelago, Oil on canvas, 54 x 81 cm, 2023
SOLD - Private Collection
L’Archipel
Comme le Petit Poucet
Sème,
Les îlots tendres
La myriade est sans nombre,
Elle ne s’aborde pas,
Émiettée.
Combien d’années ?
Explorer.
Fragments de soi,
Eparpillés.
Un jour serais-je un tout ?
Telle est l’énigme,
Du héros sans repos.
Dans le bleu de ton oeil, le feu - Huile sur toile de lin, 54 x 81 cm, 2023
VENDU - Collection privée
In the blue of your eye, the Fire - Oil on canvas, 54 x 81 cm, 2023
SOLD - Private Collection
Dans le bleu de ton œil,
Qui n’en est pas un,
Mais cent,
Je crois saisir l’amour.
Énigmatiques ondes
Aux reflets aveugles,
Il y a un mystère
Du moins que j’imagine.
Dans le bleu de ton œil,
Où le jaune pâlit,
Le gris s’étire aussi.
On dirait un puits.
Opaque et limpide.
Boire sans soif,
Plonger.
Dans le bleu de ton œil, le feu.
Souffler la montagne, Huile sur toile de lin, 54 x 81 cm, 2023
VENDU - Collection privée
Blowing down the mountain, Oil on canvas, 54 x 81 cm, 2023
SOLD - Private Collection
Les sommets raides
Comme des piquets,
Aux vents mauvais.
Aridité des flancs,
La chamade,
Tempo de l’ascension.
La beauté sèche,
Pourtant
Remplit nos âmes.
Apreté magnifique ;
Douceur des nuages.
Verticale
Et souveraine.
Sans peur,
Souffler la montagne.
Entre Grèce et Islande
C’est le feu et la glace
Qui scandent
Le turquoise des eaux
Qui transcende
Se perdre
Âme et corps
Au creux
Des espaces cabossés
C’est le bleu et l’écume
Qui chantent
Avec les montagnes.
Le mariage des espaces
Entre nos yeux
Ni ouverts, ni fermés
Immensité qui danse
Le coeur apaisé
Et à la chamade
Être vivant ;
Au centre
Des éléments
Centrifuges…
Arpenteurs
En ces terres
C’est notre joie,
Palpitante.
Un éternel retour
Où jamais ne s’épuise
L’allégresse sauvage
De nos yeux grands ouverts.