Immensités intimes
La richesse de l'austérité
2004 - Présent
Face à l'austérité, ce n’est pas la désolation que nous trouvons mais bien une beauté douloureuse et tendre à la fois où des richesses en demi-teintes se révèlent. Les noirs et les gris se diluent et se poudrent. Le ciel est à portée. Nos ombres sont nos lumières dans cette austérité qui les éclairent.
Il y a des périodes de vie où tout s'allège, où le superflu tombe, où les couleurs se retirent, où l'on se retrouve face à une nudité subie ou choisie. C'est là, précisément là, que quelque chose se révèle.
L'austérité n'est pas manque. Elle est une autre qualité de présence. Les noirs et les gris ne désolent pas — ils concentrent. Ils dépouillent le regard jusqu'à ce qu'il touche l'essentiel. Le ciel n'est jamais lointain : il est à portée comme si le dépouillement ouvrait une échappée.
Gaston Rébuffat, alpiniste et poète de la montagne, l'avait compris : là où les arbres s'épuisent, là où l'herbe renonce, naît un royaume en apparence stérile qui dispense une richesse qui n'a pas de prix — le bonheur que l'on découvre dans les yeux de ceux qui le fréquentent. C'est cette même économie du regard dont cette série se nourrit : huile, fusain, pastel sec — des matériaux sobres, presque pauvres, qui savent exactement ce qu'elles font. La grisaille se poudre, la brume glisse entre les flancs nus, et dans cet effacement consenti, quelque chose de doux et de tenace apparaît.
Nos ombres sont nos lumières. L'austérité en aucun cas nous appauvrit. Elle nous révèle.
Les montagnes célestes
Sont des caresses,
Entre tes vallons doux,
La brume est un serpent,
Qui glisse et qui s'immisce,
L'or se mêle à la grisaille,
Entre tes cuisses,
Le ciel chante.
Marcher les monts noirs, 2024, huile, pastel sec et fusain sur toile de lin, 60 x 81 cm
Hiking the Black Mountains, 2024, oil, soft pastel & charcoal on linen canvas, 60 x 81 cm
L'hiver n'en finit pas de mourir,
Quand nous gravissons les monts noirs,
La tristesse est une brume,
Peinte sur ton visage grave,
Tels qu'en nous-mêmes,
Nous regardons l'aridité.
L'encre des monts noirs
N'en finit pas de couler,
Les flancs sont secs et nus.
L'austérité pourtant s'adoucit,
Quand les nuages légers
Lui chatouillent les pieds.
"Les montagnes ne vivent que de l'amour des hommes. Là où les habitations, puis les arbres, puis l'herbe s'épuisent, naît le royaume stérile, sauvage, minéral ; cependant, dans sa pauvreté extrême, dans sa nudité totale, il dispense une richesse qui n'a pas de prix : le bonheur que l'on découvre dans les yeux de ceux qui le fréquentent"
"The mountains live only on the love of men. Where the dwellings, then the trees, then the grass are exhausted, the barren, wild, mineral kingdom is born; however, in its extreme poverty, in its total nakedness , it exsudes a wealth that is priceless: the happiness that we discover in the eyes of those who walk it "
Gaston Rébuffat